Sidi M’hamed Boukabrine à Bounouh : visite du sanctuaire de l’homme aux deux tombeaux
Au village de Baâli, dans la commune de Bounouh, au sud de la wilaya de Tizi Ouzou, la zaouïa de Sidi M’hamed Ben Abderrahmane conserve la mémoire d’un savant et maître spirituel du XVIIIe siècle. Ce sanctuaire de Kabylie, associé à la naissance de la confrérie Rahmaniya, est également célèbre pour l’histoire de « l’homme aux deux tombeaux ». Une étape majeure pour comprendre le patrimoine religieux, intellectuel et vivant de la région de Boghni.
Sur les hauteurs de Bounouh, le visiteur découvre un ensemble patrimonial étroitement lié à son territoire : un lieu de recueillement, mais aussi une histoire de transmission du savoir et de circulation des hommes et des idées entre le Djurdjura, l’Égypte et Alger. Notre reportage consacré à Sidi M’hamed invite à regarder le site dans ses dimensions historiques, architecturales et humaines.
Un sanctuaire au village de Baâli, dans la région de Boghni
Le sanctuaire de Sidi M’hamed Ben Abderrahmane se trouve au village de Baâli (Bounouh), dans la daïra de Boghni, wilaya de Tizi Ouzou. Cette localisation est explicitement indiquée par la Carte du patrimoine culturel algérien, qui référence la zaouïa parmi les lieux patrimoniaux de la wilaya.
Le site s’inscrit dans un paysage de collines et de villages kabyles. Depuis les hauteurs, le regard porte vers la région de Boghni et la vallée environnante. Un reportage publié en 2006 dans Le Soir d’Algérie décrivait déjà le sanctuaire sur une vaste esplanade dominant les environs : un panorama qui fait partie de l’expérience du lieu, sans faire oublier sa vocation première, spirituelle et culturelle.
Qui était Sidi M’hamed Boukabrine ?
Connu sous plusieurs formes de son nom — Sidi M’hamed Ben Abderrahmane, El-Azhari ou Bou Qobrine/Boukabrine —, cet érudit est originaire de la région des At Smaïl, dans les montagnes de Kabylie. Il appartient à l’histoire du soufisme algérien au XVIIIe siècle. Les biographies donnent des dates de naissance variables, souvent situées autour de 1720 ; sa mort est généralement datée de 1793.
Formé d’abord dans les milieux d’enseignement religieux de Kabylie, il poursuit ses études au Caire, à Al-Azhar, grand foyer de savoir islamique. Son parcours témoigne des liens intellectuels et spirituels qui unissaient, bien avant l’époque contemporaine, les régions d’Algérie aux centres d’enseignement d’Afrique du Nord et du Proche-Orient.
Après de longues années de formation et de voyages, il revient dans sa région natale. C’est à Bounouh qu’il établit une zaouïa devenue l’un des points d’ancrage historiques de la Rahmaniya, avant le développement de son enseignement à Alger. La Direction de la culture de Tizi Ouzou présente ainsi ce monument du XVIIIe siècle comme un berceau de cet ordre confrérique.
La zaouïa de Bounouh : prière, enseignement et accueil
Une zaouïa ne se réduit pas à un tombeau ou à une salle de prière. Dans l’histoire de la région, ces établissements ont également joué un rôle d’enseignement, de formation des disciples, d’hospitalité et de transmission culturelle. La zaouïa de Bounouh appartient à cette histoire : elle a été associée à l’étude religieuse, à la vie confrérique et à la mémoire d’un maître dont le rayonnement a dépassé la Kabylie.
La Rahmaniya, issue de la tradition soufie de la Khalwatiya, s’est diffusée dans plusieurs régions d’Algérie. Son histoire s’entremêle à celle de nombreuses zaouïas, aux réseaux de savoir, aux pratiques de dévotion et, plus tard, à certains épisodes majeurs de l’histoire sociale et politique du pays. Visiter Bounouh, c’est donc approcher un patrimoine qui concerne à la fois l’histoire locale et l’histoire nationale.
Pourquoi l’appelle-t-on « l’homme aux deux tombeaux » ?
C’est l’histoire qui a rendu son nom célèbre. Selon une tradition orale relatée dans plusieurs récits, la mort du cheikh aurait fait naître un différend entre ses disciples de Kabylie et ceux d’Alger, chaque groupe souhaitant conserver sa sépulture. La légende raconte qu’après le transfert de la dépouille vers Alger, on aurait retrouvé le corps dans la tombe de Kabylie — d’où le surnom de Bou Qobrine, « celui aux deux tombeaux ».
Cette histoire relève de la mémoire religieuse et de la tradition populaire : elle doit être présentée comme une légende, et non comme un fait historiquement démontré. Elle témoigne néanmoins de la profondeur de l’attachement au personnage des deux côtés, en Kabylie et à Alger.
Cette double mémoire explique l’existence de lieux qui lui sont associés à Bounouh et à Alger, dans le secteur du Hamma. Il ne faut pas les confondre : le lieu que nous présentons dans notre vidéo est bien celui de Baâli, à Bounouh, dans la wilaya de Tizi Ouzou.
Architecture et éléments à observer sur place
Le site réunit les espaces caractéristiques d’un établissement religieux et éducatif : lieux de prière, espaces consacrés à la mémoire du cheikh et locaux liés à la vie de la zaouïa. Les aménagements visibles peuvent provenir de périodes différentes, au gré de l’entretien et des transformations du lieu ; il serait donc imprudent d’attribuer l’ensemble des constructions actuelles à une seule date.
Lors d’une visite, prêtez particulièrement attention aux portes, aux arcades, aux revêtements décoratifs, aux espaces de recueillement et aux relations entre bâtiments et paysage. La valeur de cet ensemble tient autant à son usage et à la mémoire qu’il conserve qu’à ses formes architecturales.

Un patrimoine vivant, au-delà du monument
La singularité de Sidi M’hamed tient à la continuité entre un lieu, une communauté et une mémoire. Des générations de visiteurs et de fidèles ont transmis les récits qui l’entourent ; l’histoire de son enseignement participe de la vie culturelle de Bounouh et de l’identité patrimoniale de la région de Boghni.
Il est utile de distinguer, dans cette visite, trois dimensions complémentaires : le patrimoine matériel (édifices et décors), le patrimoine immatériel (récits, pratiques et mémoire collective) et le patrimoine intellectuel (enseignement et diffusion de la Rahmaniya).
Préparer sa visite de Sidi M’hamed à Bounouh
| Lieu | Zaouïa et mausolée de Sidi M’hamed Ben Abderrahmane, village de Baâli |
|---|---|
| Commune | Bounouh, daïra de Boghni, wilaya de Tizi Ouzou |
| Type de visite | Patrimoine religieux, histoire, architecture et tourisme culturel |
| Accès | Par la région de Boghni en direction de Bounouh et de Baâli ; vérifier l’itinéraire routier avant le départ |
| Horaires | Les horaires publics et les conditions d’accès à l’intérieur ne sont pas confirmés : se renseigner localement avant de partir |
| Sur place | Prévoir une tenue respectueuse et demander l’autorisation avant de photographier les personnes ou les espaces de recueillement |
📍 Localiser la zaouïa sur Google Maps
À proximité : poursuivre la découverte
La région de Boghni ouvre sur les paysages et les villages du sud de la wilaya de Tizi Ouzou. Une excursion culturelle peut combiner la visite du sanctuaire avec la découverte des paysages de la vallée, des villages alentour et de leur patrimoine. Parmi les repères documentés dans la région figure aussi la centrale hydraulique de Boghni, mentionnée sur la Carte du patrimoine culturel algérien.
Pour préparer une exploration plus large, consultez également notre fiche de destination Tizi Ouzou et l’application Dzair Guide de Cultures Algériennes, destinée à la découverte des lieux et parcours patrimoniaux.
Notre reportage Dzair Guide : Sidi M’hamed à Baâli
Cet article prolonge le reportage vidéo consacré au mausolée de Sidi M’hamed Boukabrine à Bounouh. Les vues du sanctuaire, de ses abords et de ses espaces intérieurs permettent de compléter la lecture historique par une découverte visuelle. La vidéo sera intégrée directement dans cette rubrique dès la disponibilité de son adresse de visionnage.
Sources et repères documentaires
- Direction de la culture de la wilaya de Tizi Ouzou — fiche « Zaouïa Sidi M’Hamed Ben Abderrahmane » : localisation et valeur patrimoniale.
- Le Soir d’Algérie, 13 avril 2006 : reportage au sanctuaire de Bounouh et transmission de la légende.
- Culture Algérie, 1er novembre 2024 : éléments biographiques et histoire de la confrérie.
Article Cultures Algériennes — Patrimoine et tourisme, Tizi Ouzou. Les traditions orales rapportées sont explicitement distinguées des faits documentés.