La 20e Fête du bijou d’Ath Yenni reportée à une date ultérieure
La 20e Fête du bijou d’Ath Yenni reportée à une date ultérieure Par Rédaction Cultures…
Chercheurs et universitaires ont mis en lumière le rôle de la poésie chantée amazighe dans l’éveil de la conscience nationale, la mobilisation populaire et la transmission de la mémoire durant le mouvement national et la Guerre de libération.

Un patrimoine au service de la conscience nationale
Le rôle de la chanson patriotique d’expression amazighe dans la mobilisation de la société algérienne durant la Guerre de libération nationale a été au cœur d’un colloque organisé mardi à Béjaïa.
Placée sous le thème « Chanson patriotique d’expression amazighe : textes, contexte et voix engagées », cette rencontre scientifique, organisée par le Centre de recherche en langue et culture amazighes (CRLCA), a réuni universitaires et chercheurs au campus d’Aboudaou de l’Université de Béjaïa.
Les participants se sont particulièrement intéressés à la poésie chantée amazighe en tant qu’instrument de conscientisation politique, de mobilisation populaire et de préservation de la mémoire collective durant le mouvement national et la Révolution algérienne.
Quand la poésie devient un instrument de mobilisation
Selon le Dr Kamel Medjoub, coprésident du colloque, ce patrimoine immatériel a constitué l’un des affluents majeurs de la résistance nationale. Bien avant le déclenchement de la Révolution, le 1er novembre 1954, le chant patriotique contribuait déjà à structurer et à diffuser la conscience nationale.
Associé à la musique, le texte poétique touche directement les émotions et s’inscrit durablement dans la mémoire collective. Sa construction rythmique facilite la transmission des messages, des mots d’ordre et des appels à la mobilisation. Dans une société où l’oralité occupait une place centrale, le chant pouvait ainsi atteindre une population plus large et se révéler plus accessible que d’autres supports militants, comme les tracts.
Des chants précurseurs dès les années 1940
Les travaux du colloque ont également permis de revenir sur les racines de la chanson patriotique amazighe, qui remontent notamment aux années 1940.
Parmi les œuvres évoquées figurent le célèbre chant de Farid Ali, « A Yemma Aâzizen ur ttru » — « Ne pleure pas, chère mère ! » — ainsi que le texte de Hocine Aït Ahmed, « Tura qrib ad nennay », traduit par « Bientôt nous combattrons ».
Ces créations ont participé à la maturation de l’idée d’indépendance et à la diffusion du sentiment national au sein de la population.
Des artistes engagés par la voix et par l’action
Le colloque a mis en lumière la trajectoire de plusieurs figures emblématiques, parmi lesquelles Taleb Rabah. Leurs œuvres remplissaient une double fonction : elles apportaient un soutien psychologique et moral aux familles algériennes tout en renforçant la cohésion et le sentiment d’appartenance nationale.
De nombreux chanteurs d’expression amazighe ont ainsi ravivé, par leurs textes et leurs interprétations, l’attachement à la cause nationale. Certains ont prolongé cet engagement artistique par une implication directe dans la lutte, en rejoignant notamment les rangs du Front de libération nationale, à l’image de Farid Ali.
Les voix féminines, archives vivantes de la Révolution
Une place importante a également été accordée à la contribution des femmes. Transmis de génération en génération, le chant féminin s’est imposé comme une véritable archive orale de la période révolutionnaire.
Ces chants racontaient les batailles, le sacrifice des martyrs et les violences coloniales. Ils préservaient également le souvenir des combattants et des chefs de la Révolution, parmi lesquels le colonel Amirouche Aït Hamouda.
Par leurs voix, les femmes ont ainsi contribué à documenter les événements, à entretenir la mémoire des disparus et à transmettre l’histoire nationale au sein des familles et des communautés.
Vers une archive numérique de la poésie de résistance
Au-delà de l’étude historique, la rencontre a souligné la nécessité de mieux recenser, préserver et valoriser ce patrimoine. Les participants ont notamment proposé l’élaboration d’une cartographie nationale de la poésie de résistance, la tenue biennale du colloque ainsi que la création d’une plateforme numérique consacrée à l’archivage de ce legs historique.
Organisée en hommage à Allaoua Zerrouki, chanteur de la Révolution, la manifestation se déroule sur deux jours. Elle s’inscrit dans le cadre des célébrations du 64e anniversaire de l’indépendance et du recouvrement de la souveraineté nationale.
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