Installé dans l’un des édifices les plus remarquables de la rue Larbi-Ben-M’Hidi, le Musée public national d’Art moderne et contemporain d’Alger, plus connu sous le nom de MAMA, occupe les anciennes Galeries de France. Conçu à l’origine comme un grand magasin colonial, devenu Galeries algériennes après l’indépendance, le bâtiment a été réhabilité au début des années 2000 pour accueillir une institution consacrée à la création artistique moderne et contemporaine.
Au début du XXᵉ siècle, la rue d’Isly s’impose comme l’une des principales artères commerçantes de la ville européenne. Les immeubles de rapport, les cafés, les hôtels, les banques et les grands magasins transforment progressivement le secteur en centre moderne de la capitale coloniale. C’est dans ce contexte que sont construites les Galeries de France. Le projet est confié à Henri Petit, architecte actif à Alger et auteur de plusieurs bâtiments majeurs. L’édifice, généralement daté de 1914, est destiné à accueillir un grand magasin proposant des produits de consommation haut de gamme. Sa présence accompagne le déplacement progressif de l’activité commerciale vers les nouveaux quartiers européens. Les Galeries de France deviennent l’un des symboles de la modernité marchande de l’époque, comparable dans son organisation aux grands magasins qui se développent alors dans les principales villes européennes.
Après l’indépendance de l’Algérie, les Galeries de France deviennent les Galeries algériennes. Le bâtiment conserve ainsi sa vocation commerciale, mais s’inscrit désormais dans une nouvelle organisation économique et nationale. Ce changement de nom possède une dimension symbolique : il marque la réappropriation d’un établissement emblématique du centre colonial. Pendant plusieurs décennies, les Galeries algériennes restent un lieu familier de la vie commerçante d’Alger. L’activité décline cependant progressivement, jusqu’à la fermeture de l’établissement à la fin des années 1980. L’immeuble demeure ensuite longtemps sous-utilisé, malgré son emplacement stratégique et sa grande valeur architecturale.
Le projet de transformer l’ancien magasin en musée est engagé dans le cadre de la préparation de la manifestation « Alger, capitale de la culture arabe 2007 ». Le Musée public national d’Art moderne et contemporain est officiellement créé par le décret exécutif no 06-263 du 8 août 2006. La réhabilitation du bâtiment est confiée à l’architecte algérien Halim Faidi, qui adapte les anciens espaces commerciaux à leur nouvelle fonction culturelle tout en conservant les principaux caractères architecturaux de l’édifice. Journal officiel de la République algérienne Le musée est inauguré le 1ᵉʳ décembre 2007, dans le contexte de l’année culturelle organisée à Alger. Cette transformation donne à la capitale une institution nationale consacrée à l’art moderne, à l’art contemporain, à la photographie, au design et aux nouvelles pratiques artistiques
Les Galeries de France appartiennent au mouvement néo-mauresque développé dans l’Algérie coloniale au début du XXᵉ siècle. Ce style associait les techniques de construction modernes à des formes décoratives empruntées aux architectures d’Algérie, d’Afrique du Nord et du monde islamique.
Son emploi répondait toutefois à une politique coloniale précise. Il s’agissait de donner une apparence locale à des institutions, des administrations et des équipements issus du nouvel ordre urbain européen. Le néo-mauresque ne constitue donc pas la continuation directe de l’architecture traditionnelle algéroise, mais une réinterprétation élaborée par les architectes de la période coloniale.
La façade du bâtiment se distingue notamment par :
La structure intérieure répondait aux besoins d’un grand magasin. Plusieurs niveaux étaient organisés autour d’un vaste espace central, permettant la circulation des clients, la présentation des marchandises et l’éclairage des différents étages.
La création du MAMA possède une portée qui dépasse la simple transformation fonctionnelle d’un édifice.
Les anciennes Galeries de France étaient un symbole de la ville coloniale, de ses hiérarchies sociales et de ses nouvelles pratiques de consommation. Après avoir été nationalisées et rebaptisées Galeries algériennes, elles sont devenues un musée consacré en priorité à la création artistique algérienne.
Cette succession d’usages résume une partie de l’histoire contemporaine d’Alger :
Le MAMA permet ainsi de comprendre comment un patrimoine hérité de la colonisation peut être réinvesti, transformé et intégré à la vie culturelle algérienne.
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