Aménagé sur les hauteurs du boulevard Mohamed-Khemisti, le jardin de l’Horloge fleurie associe terrasses, escaliers, végétation et vues sur le centre d’Alger. Il abrite également le Mémorial de la Libération, œuvre monumentale réalisée en 1978 par M’hamed Issiakhem autour de l’ancien Pavois de 1928. Le site réunit ainsi promenade urbaine, patrimoine paysager et mémoire historique.

Le jardin de l’Horloge fleurie occupe la partie supérieure des anciens jardins Laferrière, entre l’avenue Émir-Abdelkrim-El-Khattabi et la rue Docteur-Saâdane.

Aménagé sur un terrain en forte pente, il forme une succession de terrasses, d’escaliers, d’allées et de massifs végétaux. Il constitue une étape naturelle entre la Grande Poste, le boulevard Mohamed-Khemisti et le Palais du Gouvernement.

Le jardin doit son nom à son horloge florale, installée dans un massif paysager. Il accueille également le Mémorial de la Libération, facilement reconnaissable à sa puissante enveloppe de béton.

Ces deux éléments appartiennent au même espace et doivent donc être découverts ensemble.

Histoire

Les anciens jardins Laferrière

Le jardin appartient à l’ensemble paysager autrefois appelé jardins Laferrière, aménagé le long du boulevard du même nom, aujourd’hui boulevard Mohamed-Khemisti.

Ces jardins accompagnaient la transformation du centre d’Alger après le déclassement des anciennes fortifications et emprises militaires. Ils permettaient de relier les différents niveaux de la ville tout en offrant des espaces de promenade et des perspectives sur la baie.

Leur organisation en terrasses répond directement au relief :

  • les escaliers assurent la liaison entre les différents niveaux ;
  • les allées suivent la pente ;
  • les plantations accompagnent les murs de soutènement ;
  • des belvédères ouvrent des vues sur la Grande Poste et la ville basse.

L’Horloge fleurie

L’horloge florale constitue l’un des principaux repères du jardin. Son cadran est intégré à un massif végétal aménagé sur la pente.

Elle associe un mécanisme d’horlogerie à une composition paysagère renouvelée selon l’entretien et les saisons. Les chiffres, les aiguilles et la végétation forment un décor visible depuis les allées voisines.

Au-delà de sa fonction pratique, l’horloge représente une forme de mobilier urbain monumental. Elle participe à l’identité du jardin et au souvenir des promenades dans le centre d’Alger.

Le Pavois de 1928

À proximité de l’horloge se trouve un monument dont l’histoire commence durant la période coloniale.

Le Pavois, monument aux morts de la Première Guerre mondiale, est inauguré le 11 novembre 1928. Comme de nombreux monuments élevés à cette époque, il commémorait les soldats morts pendant le conflit.

Après l’indépendance, la présence de ce monument colonial dans un espace public central posait la question de sa conservation et de sa nouvelle signification.

La transformation réalisée par M’hamed Issiakhem

En 1978, l’artiste algérien M’hamed Issiakhem intervient sur l’ancien monument.

Plutôt que de le détruire complètement, il l’intègre dans une nouvelle composition monumentale en béton. Cette enveloppe transforme profondément la lecture de l’œuvre initiale et lui donne une signification liée à la libération du pays.

La structure se distingue notamment par la représentation de deux mains brisant leurs chaînes. Cette image symbolise :

  • la rupture avec la domination coloniale ;
  • la conquête de la liberté ;
  • le sacrifice des générations précédentes ;
  • la réappropriation de l’espace public après l’indépendance.

L’ancien monument demeure ainsi présent à l’intérieur de la nouvelle œuvre, mais son sens est retourné et réinterprété.

Une superposition de mémoires

Le Mémorial de la Libération est particulièrement important parce qu’il ne remplace pas simplement le monument précédent : il l’enveloppe.

Le site réunit donc plusieurs périodes historiques :

  1. le monument aux morts inauguré en 1928 ;
  2. l’indépendance de l’Algérie en 1962 ;
  3. l’intervention artistique de M’hamed Issiakhem en 1978 ;
  4. la fonction actuelle du jardin comme espace public et lieu de mémoire.

Cette superposition permet de comprendre comment les monuments peuvent changer de signification au cours de l’histoire.

Une œuvre de M’hamed Issiakhem

M’hamed Issiakhem compte parmi les figures majeures de l’art algérien moderne. Peintre, dessinateur et décorateur, il développe une œuvre marquée par la violence de l’histoire, la souffrance humaine et la mémoire de la guerre de Libération.

Son intervention dans le jardin dépasse la simple décoration. Elle constitue une véritable opération de transformation symbolique : l’artiste utilise une architecture de béton pour enfermer l’ancien monument et lui imposer une nouvelle lecture.

Les mains brisant leurs chaînes offrent une image immédiatement compréhensible de l’émancipation.

Éléments à observer

Pendant la visite, remarquez particulièrement :

  • l’organisation du jardin en terrasses ;
  • les escaliers adaptés à la pente ;
  • les massifs végétaux ;
  • le cadran et les aiguilles de l’Horloge fleurie ;
  • l’intégration de l’horloge dans la végétation ;
  • la silhouette massive du Mémorial de la Libération ;
  • les volumes et les ouvertures de son enveloppe de béton ;
  • les deux mains brisant leurs chaînes ;
  • la manière dont la structure de 1978 entoure le monument de 1928 ;
  • le contraste entre le béton du mémorial et la végétation ;
  • les perspectives vers la Grande Poste et le centre d’Alger ;
  • la proximité du Palais du Gouvernement.

Pourquoi ce site est-il important ?

Le jardin de l’Horloge fleurie possède d’abord une valeur paysagère. Ses terrasses et ses escaliers témoignent de l’adaptation des jardins du centre d’Alger à un relief particulièrement escarpé.

L’horloge florale constitue ensuite un repère familier du paysage urbain algérois.

Enfin, le Mémorial de la Libération donne au jardin une forte dimension historique et politique. L’intervention de M’hamed Issiakhem montre comment un monument hérité de la colonisation a été conservé, enveloppé et réinterprété après l’indépendance.

Le site forme ainsi un ensemble indissociable associant jardin, art public et mémoire nationale.

Conseils de visite

Prévoyez environ 20 à 30 minutes pour parcourir le jardin, observer l’horloge et comprendre la composition du mémorial.

Commencez par l’Horloge fleurie, puis remontez vers le Mémorial de la Libération. Prenez suffisamment de recul pour observer la silhouette générale de l’œuvre avant d’en examiner les détails.

Conseils pratiques

  1. Portez des chaussures adaptées aux escaliers et à la pente ;
  2. observez le mémorial sous plusieurs angles ;
  3. recherchez les parties de l’ancien Pavois encore perceptibles ;
  4. respectez les éventuelles restrictions aux abords des bâtiments officiels ;
  5. privilégiez la lumière du matin ou de la fin d’après-midi ;
  6. prenez du recul pour comprendre la relation entre le jardin et le mémorial ;
  7. poursuivez ensuite vers la rue Docteur-Saâdane et le Palais du Gouvernement.

À découvrir à proximité

  • la Grande Poste d’Alger ;
  • l’ancien Grand Hôtel Excelsior ;
  • le jardin Mohamed-Khemisti ;
  • la salle Ibn Khaldoun ;
  • l’Hôtel Albert Ier ;
  • le Palais du Gouvernement ;
  • la Bibliothèque centrale d’Alger ;
  • l’avenue Émir-Abdelkrim-El-Khattabi.