Édifiée en 1910, l’ancienne maison Ellul constitue l’un des exemples les plus représentatifs des immeubles bourgeois construits dans le quartier d’Isly au début du XXᵉ siècle. Son architecture éclectique, volontairement démonstrative, associe plusieurs références décoratives afin d’affirmer la réussite sociale de son commanditaire.
À cette époque, l’actuelle rue Larbi-Ben-M’Hidi est devenue l’une des artères les plus recherchées du centre d’Alger. Les immeubles de rapport y réunissent généralement des commerces au rez-de-chaussée et des appartements aux étages. Leur façade joue un rôle essentiel : tournée vers une rue très fréquentée, elle doit attirer le regard et exprimer le prestige du propriétaire.
Édifiée en 1910, l’ancienne maison Ellul témoigne du renouvellement immobilier de l’ancien quartier d’Isly au début du XXᵉ siècle. À cette époque, l’actuelle rue Larbi-Ben-M’Hidi était devenue l’une des principales artères commerçantes et résidentielles du centre d’Alger. Les constructions anciennes étaient progressivement remplacées par des immeubles plus élevés, réunissant commerces au rez-de-chaussée et appartements aux étages.
La réalisation du bâtiment est attribuée à l’architecte Victor Lescornel. Il aurait été commandé par Pascal Ellul, négociant et industriel issu d’une famille maltaise implantée à Alger depuis le XIXᵉ siècle. Les Ellul avaient notamment développé des activités liées à la fabrication de bière, de limonade et de boissons gazeuses, avant d’investir dans l’immobilier et les propriétés agricoles.
Malgré son appellation de « maison Ellul », l’édifice n’était vraisemblablement pas une demeure familiale individuelle, mais un immeuble de rapport destiné à produire des revenus grâce à la location d’appartements et de locaux commerciaux. Son emplacement dans une rue très fréquentée et la richesse de son décor permettaient à la fois de valoriser les logements et d’afficher la réussite sociale du propriétaire.
L’histoire de l’immeuble rappelle également l’importance des communautés méditerranéennes dans la formation de l’Alger colonial. Des familles venues de Malte, d’Italie, d’Espagne ou du sud de la France participèrent activement au développement commercial et industriel de la ville. L’ancienne maison Ellul constitue ainsi la trace matérielle de cette bourgeoisie commerçante du début du XXᵉ siècle.
Architecture
L’ancienne maison Ellul est un exemple remarquable de l’architecture éclectique de la Belle Époque. Sa façade associe des références classiques, baroques et Beaux-Arts dans une composition volontairement riche et démonstrative.
L’élément le plus visible est l’oriel, une avancée construite au-dessus de la rue. Celui-ci permettait d’agrandir légèrement les pièces, d’améliorer leur éclairage et d’offrir une vue oblique sur l’artère. Porté par de puissantes consoles, il est couronné d’un fronton curviligne qui accentue la verticalité de la façade.
Autour de l’oriel se déploie un décor particulièrement abondant :
La partie inférieure de la façade présente un faux appareil à joints creux. Réalisé dans l’enduit, ce procédé imite de grands blocs de pierre et donne à la base de l’immeuble une apparence plus solide et monumentale. Les étages sont ensuite animés par les balcons, les garde-corps et les parties en saillie, tandis que le couronnement concentre les ornements les plus élaborés.
La porte d’entrée est elle aussi soigneusement travaillée. Sa ferronnerie aurait autrefois porté les initiales du propriétaire. Elle ouvre sur un long vestibule revêtu de mosaïques à motifs floraux, conduisant vers l’escalier et les galeries intérieures. Les lettres « EF », visibles dans le pavement, sont généralement interprétées comme les initiales d’« Ellul et Fils », sans que cette identification soit entièrement certaine.
L’organisation intérieure répond aux contraintes d’une parcelle urbaine profonde. Le couloir, l’escalier et les galeries permettaient de distribuer les différents logements tout en favorisant leur éclairage et leur ventilation. Ces espaces restent privés et ne doivent être visités qu’avec l’autorisation des occupants.