Construit au début du XXᵉ siècle, l’ensemble des nos 54 et 56 constitue l’un des exemples les plus remarquables d’immeubles bourgeois de l’ancienne rue d’Isly. Sa façade monumentale, ses bow-windows et son abondant décor classique témoignent du goût Beaux-Arts qui accompagne la transformation du centre d’Alger.

Situé à proximité immédiate de la Grande Poste, cet ensemble participe à la séquence monumentale qui marque le commencement de la rue Larbi-Ben-M’Hidi. Derrière l’apparente unité de sa façade se trouve une opération immobilière complexe, conçue pour réunir plusieurs bâtiments autour d’espaces communs.

L’architecture associe une organisation adaptée à la profondeur de la parcelle et une façade destinée à affirmer le prestige de l’adresse. Elle illustre ainsi la double ambition des immeubles de rapport de cette époque : rentabiliser le terrain tout en offrant une image particulièrement soignée depuis la rue.

 

Histoire et architecture de d'immeuble

L’édifice aurait été conçu en 1901 par l’architecte Antonio Lauro, parfois désigné sous le prénom francisé d’Antoine. Il appartient à une période de transformation rapide de la rue d’Isly, alors bordée de nouvelles constructions de cinq étages destinées à remplacer progressivement les bâtiments plus anciens.

Lauro est connu comme l’un des architectes-promoteurs actifs à Alger au tournant du XXᵉ siècle. Il réalisa de nombreux immeubles d’habitation, notamment dans les quartiers centraux, en associant recherche architecturale et logique de rentabilité immobilière.

D’après la documentation historique, le projet de la rue d’Isly était organisé autour d’une galerie couverte traversant la parcelle. Cette circulation divisait l’opération en quatre immeubles distincts tout en assurant leur desserte commune. L’historienne de l’architecture Aleth Picard souligne l’intérêt de ce dispositif, héritier du passage couvert urbain et particulièrement adapté au climat méditerranéen. 

Les nos 54 et 56 correspondent donc vraisemblablement à une partie visible de cet ensemble plus vaste. Cette nuance est importante : les deux adresses ne doivent pas nécessairement être comprises comme deux constructions totalement indépendantes, mais comme des composantes d’une même opération immobilière.

Les rez-de-chaussée étaient destinés aux commerces, tandis que les étages accueillaient des appartements. Cette mixité fonctionnelle correspondait au caractère de la rue d’Isly, devenue l’une des principales artères commerçantes et résidentielles du centre d’Alger.

Architecture

L’ensemble relève principalement de l’architecture éclectique Beaux-Arts, avec un vocabulaire décoratif largement inspiré du classicisme. Sa façade est construite selon une composition régulière, hiérarchisée entre le soubassement commercial, les étages résidentiels et le couronnement.

Les bow-windows, ou oriels, constituent ses éléments les plus visibles. Ces avancées verticales prolongent les appartements au-dessus de la rue. Elles permettent d’augmenter légèrement la surface intérieure, d’améliorer l’éclairage des pièces et d’offrir des vues latérales sur l’artère.

La façade est également rythmée par des pilastres cannelés couronnés de chapiteaux corinthiens. Ces supports essentiellement décoratifs donnent à l’élévation une allure monumentale. Les feuilles d’acanthe des chapiteaux et la régularité des cannelures renvoient directement au vocabulaire de l’architecture antique, réinterprété par le style Beaux-Arts.

Les fenêtres sont mises en valeur par des encadrements moulurés, des frontons et des consoles sculptées. Les balcons et les garde-corps en ferronnerie introduisent un décor plus léger, qui contraste avec la masse de la maçonnerie.

La composition repose sur un équilibre entre deux directions :

  • les bow-windows et les pilastres renforcent la verticalité ;
  • les balcons et les bandeaux soulignent horizontalement les différents étages.

Cette combinaison évite la monotonie d’une façade particulièrement longue. Elle lui donne du relief tout en maintenant une impression d’unité.

À l’intérieur, la galerie couverte constituait le véritable cœur de l’opération. Elle assurait la circulation entre les différents corps de bâtiment et permettait d’atteindre les logements situés dans la profondeur de la parcelle. Ce dispositif facilitait également l’apport de lumière et d’air dans un tissu urbain dense.

 

Conseils de visite

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