Mosquée Ketchaoua : un monument au cœur de l’histoire d’Alger

Située au pied des premières ruelles de la Casbah, la mosquée Ketchaoua constitue un point de passage entre la médina historique et la place des Martyrs. Son escalier monumental, ses arcades et ses deux tours symétriques en font l’un des repères les plus reconnaissables du centre ancien d’Alger.

L’édifice actuel ne correspond cependant pas entièrement à la mosquée qui occupait autrefois cet emplacement. Il résulte de plusieurs transformations successives. Cette histoire complexe explique son apparence singulière, dans laquelle se rencontrent des éléments algérois, mauresques, romano-byzantins et européens du XIXᵉ siècle.

Mosquée Ketchaoua : une mosquée algéroise ancienne transformée par la colonisation

Contrairement à une idée reçue, la mosquée Ketchaoua n’est ni une fondation ni une création ottomane. Son existence remonte à une période antérieure à l’installation des Ottomans à Alger au début du XVIᵉ siècle. Plusieurs sources situent un premier sanctuaire sur cet emplacement dès le XVᵉ siècle, tandis qu’un acte habous de 1612 en constitue la première attestation écrite connue. La reconstruction entreprise sous Hassan Pacha en 1794 représente donc une étape importante de son histoire, mais non sa fondation.

L’apparence actuelle du monument ne date pas davantage de cette période. Après la conquête française, l’ancienne mosquée fut réquisitionnée, transformée en lieu de culte catholique, puis en grande partie démolie afin de construire la cathédrale Saint-Philippe. La structure, le plan et la façade visibles aujourd’hui résultent principalement de cette reconstruction coloniale menée au XIXᵉ siècle.

Rendue au culte musulman après l’indépendance, Ketchaoua constitue ainsi un monument profondément composite. Elle réunit la mémoire d’un sanctuaire algérois antérieur à la période ottomane, les traces de ses transformations sous la Régence d’Alger et une architecture actuelle largement héritée de la période coloniale. Son histoire reflète les différentes strates historiques, religieuses et politiques qui ont façonné la Basse Casbah

Repères historiques

La réquisition de la mosquée pendant la colonisation

Après la prise d’Alger en 1830, l’administration coloniale française décide de s’emparer de Ketchaoua afin de la convertir en lieu de culte catholique. Cette décision contrevient aux engagements pris lors de la capitulation, qui prévoyaient notamment le respect de la religion musulmane et de ses lieux de culte. La population algéroise s’oppose à la réquisition. En décembre 1831, des habitants se rassemblent dans la mosquée pour empêcher son occupation. L’intervention militaire ordonnée par le duc de Rovigo provoque une violente répression et de nombreuses victimes. Cet épisode demeure l’un des événements les plus douloureux des premières années de la colonisation d’Alger. L’édifice est ensuite affecté au culte catholique sous le nom d’église Saint-Philippe, avant d’être élevé au rang de cathédrale.

Une mosquée démolie pour construire une cathédrale

L’ancien sanctuaire étant considéré comme trop petit et mal adapté à sa nouvelle fonction, les autorités coloniales entreprennent sa transformation radicale. La mosquée est démolie en grande partie à partir de 1844 et remplacée par un édifice beaucoup plus vaste. La nouvelle cathédrale est réalisée selon les premières études d’Amable Ravoisié. Plusieurs architectes interviennent successivement sur le chantier et sur les campagnes de transformation qui se prolongent durant la seconde moitié du XIXᵉ siècle. Albert Ballu participe notamment à l’achèvement de la façade et de son décor. L’édifice adopte alors un plan basilical comprenant une large nef centrale, des espaces latéraux, un transept peu saillant et une coupole. Sa façade, encadrée par deux tours, reprend la composition symétrique des grandes églises européennes, tout en intégrant un décor orientalisant. La mosquée Ketchaoua actuelle est ainsi très largement issue de cette reconstruction coloniale. Quelques colonnes et certains éléments plus anciens auraient néanmoins été réemployés, notamment autour du portique d’entrée.

Le retour au culte musulman en 1962

Après l’indépendance de l’Algérie, la cathédrale Saint-Philippe est rendue au culte musulman. La première grande prière du vendredi y est célébrée le 2 novembre 1962. Le monument retrouve alors son nom de mosquée Ketchaoua. Cette restitution possède une portée historique et symbolique considérable : elle marque le retour d’un lieu de culte confisqué à sa fonction première et devient l’une des expressions de la souveraineté algérienne retrouvée. Fragilisé par le temps et par le séisme de 2003, l’édifice ferme ensuite pour d’importants travaux de consolidation et de restauration. Les interventions portent notamment sur les tours, les voûtes, les coupoles, la façade et les décors intérieurs. La mosquée rouvre en avril 2018.

Une architecture profondément composite

L’architecture de Ketchaoua raconte directement les transformations du monument. Son grand escalier mène à un portique porté par des colonnes de marbre, placé entre deux tours octogonales. La composition générale de la façade rappelle une église à deux clochers, tandis que les arcs, les motifs géométriques et le couronnement des tours empruntent au vocabulaire décoratif d’Afrique du Nord et du monde islamique.

À l’intérieur, la nef centrale, les collatéraux et la disposition longitudinale de l’espace témoignent clairement de l’ancienne cathédrale. Les voûtes, la coupole, les colonnes et les décors donnent néanmoins au bâtiment son caractère singulier.

Ketchaoua ne doit donc pas être présentée comme une mosquée du XVIIIᵉ siècle demeurée intacte. Elle constitue un monument formé par plusieurs couches historiques : un sanctuaire algérois ancien, une cathédrale coloniale et une mosquée réaménagée après l’indépendance

Un symbole de l’histoire algérienne

La mosquée Ketchaoua occupe une place particulière dans la mémoire d’Alger. Elle témoigne à la fois de l’histoire religieuse de la Basse Casbah, de la politique coloniale d’appropriation des lieux de culte et de la résistance des habitants de la ville.

Son retour au culte musulman en 1962 lui a donné une valeur nationale dépassant sa seule fonction religieuse. Le monument symbolise aujourd’hui la continuité de la mémoire algéroise malgré les destructions, les changements d’usage et les transformations imposées à son architecture.

Ketchaoua appartient également au périmètre de la Casbah d’Alger, inscrit sur la Liste du patrimoine mondial de l’UNESCO depuis 1992

Les éléments à observer

l’escalier monumental reliant la place à la mosquée ;

les deux tours octogonales qui encadrent la façade ;

le portique et ses colonnes de marbre ;

les arcs et les décors géométriques ;

l’organisation intérieure héritée de l’ancienne cathédrale ;

les coupoles et les voûtes ;

le dialogue architectural avec Dar Hassan Pacha et Dar Aziza ;

sa position stratégique entre la Casbah et la place des Martyrs.

  1. Vérifiez les horaires avant votre visite.
  2. Prévoyez entre 45 minutes et une heure.
  3. Portez des chaussures adaptées aux ruelles et aux escaliers.
  4. Demandez l’autorisation avant de photographier les collections.
  5. Ne touchez pas aux objets exposés ni aux décors anciens.
  6. Prenez le temps d’observer les détails du patio et des galeries.
  7. Associez cette étape à la visite extérieure ou intérieure de Dar Aziza.

À découvrir à proximité

Dominant la place Ibn Badis, la mosquée Ketchaoua raconte plusieurs siècles d’histoire algéroise. Ancien sanctuaire transformé en cathédrale durant la colonisation, elle redevient une mosquée en 1962 et constitue aujourd’hui l’un des monuments les plus symboliques de la Basse Casbah.

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