Située aux portes de la Haute Casbah, l’ancienne prison de Serkadji, autrefois appelée prison de Barberousse, est l’un des lieux de mémoire les plus marquants d’Alger. Construite durant la colonisation française, elle fut notamment utilisée pour emprisonner les militants de la guerre de Libération nationale et devint le théâtre de nombreuses exécutions capitales. Derrière ses hauts murs se mêlent les récits de l’enfermement, de la souffrance et de la répression, mais aussi ceux du courage, de la solidarité et de la résistance. Fermée depuis 2014, Serkadji demeure aujourd’hui un puissant symbole de la lutte du peuple algérien pour son indépendance.
L’origine du monument est étroitement liée à Sidi M’hamed Chérif, personnage religieux dont la mémoire s’est conservée dans la Casbah. Après sa mort, située selon les sources autour de 1541-1543, son tombeau devint un lieu de recueillement. Une zaouïa puis une mosquée se développèrent autour de ce sanctuaire au cours du XVIe siècle. L’ensemble appartient ainsi aux premières décennies de la Régence d’Alger, période durant laquelle la ville se transforma et étendit progressivement ses quartiers vers les hauteurs.
Une première étude de restauration est signalée en 2002. Elle concernait notamment la conservation de la mosquée et de sa fontaine décorée. Le cabinet chargé du projet décrit une vasque de pierre disposée devant une paroi de faïences polychromes, protégée par un auvent en bois et des tuiles vertes vernissées. A3D – Restauration de la mosquée Sidi Mohamed Chérif Le monument a ensuite fait l’objet d’une nouvelle opération de restauration. Le 22 décembre 2025, alors que l’avancement du chantier était estimé à environ 35 %, un effondrement partiel a touché le minaret. Les autorités ont annoncé la sécurisation du site, l’ouverture d’une enquête technique et leur intention de reconstruire le minaret conformément à son architecture d’origine. Cette situation rappelle la grande fragilité du patrimoine bâti de la Casbah.
La mosquée Sidi M’hamed Chérif ne se distingue pas par des dimensions monumentales. Son intérêt repose au contraire sur son intégration dans le quartier et sur l’association de plusieurs composantes : salle de prière, sanctuaire funéraire, fontaine et minaret. Son architecture associe des éléments caractéristiques de la tradition mauresque et ottomane d’Alger : murs blanchis, bois travaillé, faïences colorées, couvertures de tuiles et volumes intérieurs organisés autour de petites coupoles. Quelques marches conduisent à une porte en bois sculpté. La salle de prière, de dimensions modestes, comprend un mihrab décoré de céramiques et des colonnes soutenant les parties couvertes. La proximité immédiate du mausolée rappelle que le monument s’est développé autour d’un lieu de dévotion préexistant.
Pendant la guerre de Libération nationale, l’ancienne prison de Serkadji, alors appelée prison de Barberousse, fut l’un des principaux lieux de détention et de répression coloniale à Alger. Des centaines de militants du Front de libération nationale, hommes et femmes, y furent emprisonnés, interrogés ou placés dans l’attente de leur jugement. À partir du 19 juin 1956, date de l’exécution d’Ahmed Zabana et d’Abdelkader Ferradj, la prison devint également le théâtre de nombreuses exécutions capitales. Entre 1956 et 1958, 58 condamnés à mort y furent guillotinés, parmi lesquels Fernand Iveton et Taleb Abderrahmane. Avant chaque exécution, souvent organisée à l’aube, les détenus entonnaient des chants patriotiques et criaient « Tahia El Djazaïr », tandis que les femmes emprisonnées et les habitantes de la Casbah répondaient par des youyous. Ces manifestations de solidarité transformaient la prison, malgré ses murs, en un espace de résistance collective. Serkadji demeure ainsi un symbole majeur des souffrances endurées par les prisonniers algériens, mais aussi de leur courage et de leur engagement pour l’indépendance. Aujourd’hui, l’ancienne prison constitue un important lieu de mémoire de la guerre de Libération nationale.
Contrairement aux palais et aux maisons traditionnelles de la Casbah, Serkadji ne fut pas conçue comme un édifice d’apparat. Son architecture répondait avant tout aux exigences de la détention, de la surveillance et de la séparation des prisonniers.
Le bâtiment originel était organisé autour d’un pavillon d’entrée, d’une enceinte, de cours et de plusieurs ailes accueillant les cellules. Les transformations successives ont progressivement intégré cette première structure dans un ensemble pénitentiaire plus vaste.
Les cellules étaient distribuées le long de galeries permettant aux gardiens de surveiller les déplacements. Différents quartiers séparaient les détenus selon leur sexe, leur statut judiciaire ou la nature de leur condamnation. Pendant la guerre de Libération, les militants politiques, les condamnés à mort et les prisonniers de droit commun ne connaissaient pas tous les mêmes conditions de détention. Elle témoigne de la place essentielle de l’eau dans la ville ancienne, aussi bien pour les usages quotidiens que pour les pratiques liées à la mosquée.
Les parties basses de la prison comprenaient des espaces d’isolement et des cellules disciplinaires. Dans la mémoire des anciens détenus, ces lieux restent associés à l’attente, à la solitude, aux interrogatoires et à la proximité permanente de la mort.
Les condamnés attendaient dans des cellules particulières l’issue d’une éventuelle demande de grâce. L’incertitude pouvait durer plusieurs semaines ou plusieurs mois. Lorsqu’une exécution était décidée, le condamné n’en était généralement informé que quelques heures auparavant. Les autres détenus comprenaient souvent ce qui se préparait en entendant les mouvements inhabituels dans les couloirs et dans la cour. Si l’accès redevient possible, sa découverte doit se faire avec discrétion et dans le respect des pratiques religieuses.
La cour intérieure est devenue le cœur mémoriel de Serkadji. C’est dans cet espace que la guillotine était installée avant l’aube. Le dispositif pénitentiaire était ainsi conçu pour dissimuler l’exécution derrière les murs, mais les chants, les cris et les youyous des détenus pouvaient être entendus dans les quartiers voisins de la Haute Casbah.
La sobriété est ici essentielle. Serkadji ne doit pas devenir une attraction sensationnaliste, mais un espace de transmission historique et de recueillement.
Construite au milieu du XIXe siècle dans le secteur de Bab Jdid, l’ancienne prison de Serkadji — autrefois prison de Barberousse — est l’un des principaux lieux de mémoire de la guerre de Libération à Alger. Des centaines de militants y furent détenus et 58 condamnés à mort y furent guillotinés, parmi lesquels Ahmed Zabana, Abdelkader Ferradj, Fernand Iveton et Taleb Abderrahmane. Fermée en 2014 et protégée au titre du patrimoine national, elle est destinée à devenir un musée de la mémoire. Tant qu’une ouverture officielle régulière n’est pas confirmée, elle doit toutefois être présentée comme un monument mémoriel observable depuis l’extérieur, et non comme une attraction librement visitable.
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