Palais Hassan Pacha : un palais algérois transformé par la colonisation

Face à Dar Aziza et à proximité immédiate de la mosquée Ketchaoua, le Palais Hassan Pacha occupe une place majeure dans la Basse Casbah d’Alger. Construit en 1790-1791 pour Hassan El Khaznadji, devenu dey d’Alger, il fut conçu comme une demeure de prestige et un lieu de réception.

Le palais conserve l’organisation intérieure caractéristique des grandes résidences algéroises : une entrée protégeant l’intimité, un patio central, des galeries, des colonnes de marbre, des faïences et des pièces richement décorées.

Après 1830, l’administration coloniale transforma profondément le monument pour en faire le palais d’hiver des gouverneurs français. Une nouvelle façade monumentale, des escaliers et de vastes espaces de réception furent ajoutés. Le Palais Hassan Pacha présente ainsi deux visages : celui d’une demeure algéroise de la fin du XVIIIe siècle et celui d’un palais officiel façonné pendant la colonisation.

Repères historiques

Qui était Hassan Pacha ?

Hassan El Khaznadji, également appelé Baba Hassan ou Hassan Pacha, fut l’un des principaux dignitaires de la Régence d’Alger à la fin du XVIIIe siècle. Son ancienne fonction de trésorier lui conférait une position centrale dans l’administration. Lorsqu’il devint dey en 1791, il engagea également la reconstruction de la mosquée Ketchaoua, située à proximité de son palais. Le monument porte donc le nom d’un personnage directement associé à l’organisation politique et financière d’Alger, mais également aux transformations urbaines de ce secteur de la ville.

Une demeure liée à la diplomatie algérienne

Le règne de Hassan Pacha correspond à une période d’importantes négociations internationales. En 1795, la Régence d’Alger conclut notamment un traité de paix avec les États-Unis. Il convient toutefois d’éviter d’affirmer que ce traité fut signé à l’intérieur du palais sans disposer d’un document établissant précisément le lieu de la signature. La demeure conserve néanmoins une dimension diplomatique importante. Ses salles de réception étaient conçues pour accueillir des représentants, des visiteurs et des hôtes officiels dans un cadre correspondant au rang du dey.

Importance du monument

Le Palais Hassan Pacha constitue l’un des exemples les plus remarquables de l’architecture palatiale algéroise de la fin du XVIIIe siècle.

Son intérêt repose également sur la superposition de deux périodes historiques. Derrière les transformations réalisées au XIXe siècle subsiste une demeure algéroise organisée autour d’un patio. Devant elle s’élève une façade monumentale construite par l’administration coloniale.

Le palais permet ainsi de comprendre comment les autorités françaises se sont approprié un lieu de pouvoir algérien, l’ont transformé et lui ont imposé une nouvelle représentation extérieure.

Sa position renforce encore son importance. Le monument se trouve face à Dar Aziza, contre la mosquée Ketchaoua et à proximité de l’ancien emplacement de la Djenina. Il appartient donc à l’un des secteurs les plus fortement associés à l’histoire politique d’Alger.

Une architecture algéroise tournée vers l’intérieur

Le noyau ancien du palais reprend l’organisation traditionnelle des grandes demeures d’Alger. Depuis la rue, l’édifice d’origine présentait une apparence relativement discrète. Sa richesse se révélait progressivement une fois l’entrée franchie.

Cette architecture intérieure s’organise autour du patio, appelé wast ed-dar. Les galeries, les salles d’habitation et les espaces de réception sont distribués autour de cette cour centrale.

Le patio ne constitue pas une forme architecturale importée de Turquie. Il appartient à une tradition beaucoup plus ancienne d’Afrique du Nord, présente dans différentes formes d’habitat amazigh et méditerranéen. La période ottomane a poursuivi, enrichi et monumentalisé cette organisation locale sans en être à l’origine.

La sqifa

L’entrée ancienne conduisait à une sqifa, passage intermédiaire entre la rue et les espaces privés. Sa disposition en chicane empêchait les passants de voir directement le patio et l’intérieur de la demeure. Elle permettait également de contrôler l’accès au palais et de préserver l’intimité de ses occupants. La sqifa jouait donc un rôle à la fois pratique, social et architectural. Elle préparait le passage d’un espace public relativement sobre vers un intérieur beaucoup plus richement décoré.

Le patio

Le patio constitue le cœur architectural de la demeure originelle. Il apporte la lumière et l’aération nécessaires aux différents niveaux du palais. Des galeries superposées entourent cet espace central. Elles permettent de circuler entre les pièces tout en restant protégées du soleil et des intempéries. La répétition des colonnes, des arcs et des ouvertures produit une composition équilibrée. Le patio ne servait pas seulement au passage : il participait pleinement à la vie quotidienne et à la mise en scène des réceptions.

Les galeries, les colonnes et les arcs

Les galeries reposent sur des colonnes de marbre reliées par des arcs. Elles donnent au patio son rythme et son élégance. Les chapiteaux, les proportions des colonnes et le dessin des arcs témoignent du soin accordé aux espaces de circulation. La finesse de ces éléments contraste avec le caractère plus massif des transformations coloniales réalisées du côté de la place. Les galeries permettent ainsi d’identifier la partie la plus ancienne du palais et de comprendre l’organisation de la demeure avant les travaux du XIXe siècle.

Les faïences

Les murs du palais sont recouverts de carreaux de faïence présentant des motifs géométriques, floraux et végétaux. Ces céramiques témoignent des relations commerciales et artistiques qui unissaient Alger aux différentes régions méditerranéennes. Certaines pièces furent importées, tandis que d’autres s’inscrivent dans les pratiques décoratives développées localement. Les faïences protégeaient les parties basses des murs tout en donnant aux pièces et aux galeries une grande richesse visuelle.

Les plafonds et les boiseries

Les plafonds en bois, les portes, les encadrements et les autres éléments de menuiserie participaient largement au raffinement de la demeure. Certains plafonds présentent des décors peints ou sculptés. Leur restauration exige un travail minutieux destiné à préserver les matériaux anciens, les couleurs et les techniques d’assemblage. Ces éléments sont particulièrement fragiles. Leur conservation représente l’un des enjeux importants du chantier actuel.

Les transformations après 1830

Après la prise d’Alger, les autorités coloniales réquisitionnèrent le palais. L’édifice fut choisi pour devenir la résidence d’hiver des gouverneurs français. À partir de 1839, d’importants travaux modifièrent son organisation et son apparence. L’entrée principale fut déplacée vers la place, tandis qu’une nouvelle façade monumentale masqua en grande partie la présentation extérieure de la demeure originelle. Des escaliers, de grandes ouvertures, de nouveaux salons et des espaces de réception furent également aménagés. Ces interventions visaient à transformer une résidence tournée vers son patio en un palais officiel visible depuis l’espace public

La façade coloniale

La façade donnant aujourd’hui sur la place Cheikh Ben Badis n’est pas celle du palais de 1791. Elle résulte des transformations entreprises par l’administration coloniale à partir de 1839. Son architecture associe des références orientalistes, néogothiques et européennes. Les fenêtres en ogive, les colonnettes, les balcons et les décors cherchent à produire une image monumentale du pouvoir colonial. Cette façade ne doit donc pas être présentée comme un exemple intact de l’architecture algéroise du XVIIIe siècle. Elle témoigne plutôt de la manière dont l’administration française réinterpréta et transforma le patrimoine local selon sa propre vision de l’architecture dite « mauresque ».

Une transformation politique de l’espace

Les travaux ne répondirent pas seulement à des besoins pratiques. Ils modifièrent profondément la signification du monument.

La demeure de Hassan Pacha, organisée autour de l’intimité du patio, devint un palais de représentation ouvert visuellement sur une place remodelée par l’urbanisme colonial.

Cette transformation participait à l’appropriation des anciens lieux du pouvoir algérien. La proximité de Dar Aziza, de Ketchaoua et de la Djenina donnait à cette installation une portée hautement symbolique.

Le Palais Hassan Pacha constitue ainsi un témoignage architectural de la colonisation : un édifice algérien conservé, mais profondément remanié pour servir un nouveau pouvoir.

Le Palais d’Hiver

Au milieu du XXe siècle, le palais fut affecté à l’enseignement des études islamiques.

Après l’indépendance, il accueillit notamment des services dépendant du ministère des Affaires religieuses. Ces utilisations administratives successives limitèrent l’ouverture régulière du monument au public.

Le palais fut classé monument historique en 1982. Il bénéficie également de la protection accordée à la Casbah d’Alger, inscrite sur la Liste du patrimoine mondial de l’UNESCO depuis 1992.

La fonction actuelle

Le Palais Hassan Pacha fait l’objet d’un important programme de restauration et de consolidation.

Le chantier concerne notamment la structure du bâtiment, les façades, les faïences, les plafonds, les boiseries et les différents décors intérieurs. L’objectif est de préserver les éléments anciens tout en distinguant les différentes étapes de transformation du monument.

En février 2026, le palais figurait toujours parmi les chantiers patrimoniaux inspectés dans la Casbah d’Alger. Il ne doit donc pas être présenté comme un musée librement accessible ou comme un monument disposant d’horaires permanents.

Même lorsque l’intérieur est fermé, sa façade coloniale, sa proximité avec Ketchaoua et sa relation avec Dar Aziza peuvent être observées depuis la place Cheikh Ben Badis.

Les éléments à observer

L’ancienne entrée

L’entrée originelle permet de comprendre l’organisation discrète du palais avant les transformations coloniales. Elle conduisait vers la sqifa puis vers les espaces intérieurs.

La façade monumentale

La façade actuelle donnant sur la place constitue l’élément le plus visible depuis l’extérieur. Elle date principalement des remaniements engagés à partir de 1839.

Le patio

Le patio représente le cœur de la demeure algéroise. Il permet de retrouver l’organisation du palais originel derrière les ajouts coloniaux.

Les galeries

Les galeries superposées desservent les pièces disposées autour du patio. Elles assurent une circulation protégée entre les différents espaces.

Les colonnes et les arcs

Les colonnes de marbre et les arcs donnent au patio son rythme architectural. Ils comptent parmi les éléments les plus élégants du monument.

Les faïences

Les carreaux de céramique associent différentes couleurs et influences méditerranéennes. Ils témoignent de la richesse du décor intérieur.

Les plafonds et les boiseries

Les plafonds ouvragés, les portes et les éléments de bois décoré constituent une partie particulièrement précieuse et fragile du palais.

Les ajouts du XIXe siècle

Les escaliers, les grands salons, les ouvertures et la nouvelle façade permettent d’identifier les transformations réalisées pour adapter la demeure à sa fonction de palais officiel.

La relation avec Dar Aziza

Une partie de l’ancien rez-de-chaussée se trouve désormais sous le niveau de la rue. Cette situation témoigne des bouleversements urbains intervenus après 1830.

La relation avec Ketchaoua

Le palais est mitoyen de la mosquée Ketchaoua. Les transformations coloniales des deux monuments ont profondément changé l’apparence et l’organisation de la place.

  1. Vérifiez les horaires avant votre visite.
  2. Prévoyez entre 45 minutes et une heure.
  3. Portez des chaussures adaptées aux ruelles et aux escaliers.
  4. Demandez l’autorisation avant de photographier les collections.
  5. Ne touchez pas aux objets exposés ni aux décors anciens.
  6. Prenez le temps d’observer les détails du patio et des galeries.
  7. Associez cette étape à la visite extérieure ou intérieure de Dar Aziza.

La sobriété est ici essentielle. Serkadji ne doit pas devenir une attraction sensationnaliste, mais un espace de transmission historique et de recueillement.

À découvrir à proximité

Construit en 1790-1791, le Palais Hassan Pacha est l’un des monuments les plus importants de la Basse Casbah. Son patio, ses galeries, ses colonnes, ses faïences et ses boiseries témoignent du raffinement de l’architecture palatiale algéroise. Son organisation autour d’un patio s’inscrit dans une tradition locale ancienne d’Afrique du Nord. Elle ne constitue pas une importation architecturale venue de Turquie. À partir de 1839, l’administration coloniale transforma profondément le palais pour en faire la résidence d’hiver des gouverneurs français. La façade monumentale visible aujourd’hui appartient principalement à cette seconde période. Le monument étant toujours concerné par un chantier de restauration en 2026, toute possibilité de visite intérieure doit être vérifiée avant le déplacement.

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